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Épidémie de petits braquages pour trois fois rien

Novembre, un homme armé et encagoulé, aidé d'un complice, braque la caissière de la station essence d'un supermarché à Plouha pour 150 €. Ils avaient également volé, quelques jours avant, la station essence de Plouagat.
« La caisse ou je tire ! », un classique par les temps qui courent. Les vols à main armée sont en hausse. Les braqueurs veulent de l'argent tout de suite. Exemples dans les Côtes-d'Armor.


Ca s'est passé à Loudéac le 12 décembre. La livreuse, 19 ans, arrive à l'adresse indiquée avec les pizzas commandées, quand un type armé lui tombe dessus. Ce qu'il veut ? Les trois pizzas ! Elle sort du traquenard traumatisée. Le voleur avait 16 ans, son complice, 17.

Samedi soir, à Saint-Brieuc, la jeune caissière d'une station essence est braquée par un homme seul, à pied. Il empoche 1 000 €. C'est la deuxième fois en trois mois. La caissière braquée la première fois, choquée, refuse désormais de faire les fermetures.

Saint-Brieuc déjà, le 5 janvier. Un bar-tabac est braqué pour quelques centaines d'euros. Un mois plus tôt, deux Costarmoricains de 25 et 18 ans sont jugés pour deux braquages, commis en cinq jours dans des stations-service, à Plouagat et Plouha.

Les deux voleurs, encagoulés, étaient armés d'un pistolet à billes. Ils s'étaient fait remettre 1 100 €. « Avec 300 € par mois, j'ai l'impression de travailler pour rien. Je ne peux pas me faire plaisir ! justifie l'un d'eux au tribunal. J'ai braqué parce que j'avais besoin d'argent frais ». Argent dépensé en trois jours en restos, cigarettes et pleins d'essence.

Un risque supérieur au gain espéré

« L'exemple des pizzas montre combien c'est devenu dérisoire, analyse Patrick Lewden, procureur adjoint à Saint-Brieuc. On braque pour presque rien aujourd'hui. Ce qui frappe, c'est qu'ils prennent un risque supérieur au gain espéré. On a un problème pour analyser ces nouveaux comportements ».

Des gens, souvent très jeunes, qui ne réfléchissent guère, en préparant leur projet, qu'ils risquent leur vie et celle des autres. Et vingt ans de prison devant une cour d'assises.

Ils braquent comme des grands : « Autrefois il y avait des étapes dans la délinquance. Le vol à main armée était considéré comme une bascule vers la délinquance de haut vol. La barrière morale est moins haute aujourd'hui et le passage à l'acte plus rapide », constate Yves Floch, directeur adjoint de la sécurité publique des Côtes-d'Armor.

Prêts à tout

Leurs cibles ? Toujours des commerces de proximité : bars-tabac, supérettes, stations-essence... Des établissements mal protégés, souvent sans vidéo protection. La liste est longue et les exemples quotidiens.

Quant aux armes, elles sont souvent fausses. Pas toujours. Comment savoir, quand elles ressemblent trait pour trait à des armes réelles ?

La crise actuelle, qui plonge des personnes déjà précaires dans de plus grandes difficultés, compte-t-elle dans cette recrudescence des petits braquages ? Peut-être, mais la misère doit pourtant s'accommoder de la loi. La semaine dernière, au tribunal de Saint-Brieuc, était jugée une jeune femme de 22 ans, enceinte, qui avait raflé 880 € dans une supérette de Ploubazlanec, près de Paimpol, pour offrir un vélo à son enfant. « Un braquage n'a rien d'anodin. C'est quelque chose de traumatisant », insiste la substitut du procureur Annie Bonneau.

Les petits braqueurs sont parfois prêts à tout pour rafler la mise. Près de Châteaulin, dans le Finistère, un automobiliste faisant le plein de carburant a été braqué par un homme « armé d'un fusil d'assaut, une sorte de Kalachnikov » !

La recrudescence est la même partout, au point d'inquiéter le ministère de l'Intérieur. « Les braquages sont en hausse de 15,40 % », notait le ministère il y a quelques jours. La ministre prépare un plan de lutte contre les vols à main armée.


Marie-Claudine CHAUPITRE.
Ouest-France - mercredi 28 janvier 2009

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